A l’invitation de Jean-Noel, j’ouvre cet espace de discussion sur l’après crise (car il y a toujours un après) et ses conséquences sur la gestion de patrimoine.
Cette crise en effet n’est pas anodine. Elle n’est pas, j’en suis persuadé, une crise de plus, n’affectant que superficiellement le modèle économique et social de l’Occident et des principaux pays émergeants.
Elle est l’annonce d’une configuration nouvelle qui sera marquée par la rareté des ressources, le déclin (relatif ou absolu ? rien n’est encore joué) de l’Occident, et des inégalités accrues, en particulier au sein de la vieille Europe.
Les conséquences de cette crise seront très importantes et je vous invite à livrer ici (sous forme de réponse, que j’intégrerais au fur et à mesure dans ce texte en les ordonnant) vos réflexions personnelles.
par Jean-Noël
14 mai 2010 à 13:05
Nos certitudes perdues, nos espoirs pour demain…
Il fut un temps encore très récent, mais semble-t-il aujourd’hui révolu, où la « bonne » gestion de patrimoine, autrement dit la valorisation régulière des actifs de nos clients, pouvait s’appuyer sur des historiques de performance somme toute assez réguliers, malgré les soubresauts dus aux crises financières ou aux conflits armés. Ces performances nous donnaient des « certitudes », véritables théorèmes enseignés dans les cours de G.P. : le cycle de performance des actions se mesurait sur 10 ans environ, avec une performance moyenne de 5 à 7 % l’an en faisant l’actif le plus rentable sur le long terme, l’immobilier croissait régulièrement sur des cycles de l’ordre de 7 à 10 ans, avec des « pauses » plus ou moins régulières (la dernière en date : 1991-1994) puis à nouveau un cycle de hausse remarquable (1997 -2007), les obligations, malgré le risque de taux, offraient une rentabilité assez régulière, couvrant au moins l’inflation, et avec un risque de défaut de paiement proche de zéro…
Ces « certitudes » était pain bénit pour le Conseiller qui n’avait plus qu’à faire preuve « d’intelligence » dans la répartition des actifs de son client pour être quasi-certain que sa préconisation initiale se vérifierait, peu ou prou, sur la durée.
Certes quelques chaudes alertes auraient dû nous conduire à une prudence extrême : le « krach » obligataire de 1994 ( les obligations, en valeur, auront mis plus de 10 années à s’en remettre…), la folie boursière des années 1998-2000 (avec un CAC à 6950 points le 04 septembre 2000, faut-il le rappeler)… Mais malgré tout, nous continuions avec nos certitudes à enseigner à nos clients la patience pour les actions, la confiance dans les obligations ( y compris celles des dettes souveraines…) et la valeur « refuge » que constituait l’immobilier.
Que reste-il de tout cela aujourd’hui ?
Les « derniers » détenteurs d’actions, malgré leur bonne volonté, doivent se sentir bien désemparés en ces temps de CAC à 3 500 pts… Les possesseurs d’obligations, privées ou souveraines, doivent croiser les doigts en espérant qu’à l’échéance ils retrouveront leur capital… Les investisseurs immobiliers, téméraires en ces temps difficiles, s’interrogent de plus en plus, car à l’évidence les prix demandés, tant dans l’ancien que plus encore dans le neuf, sont complètement décrochés de la capacité soit des locataires, soit des emprunteurs, à faire face à leurs loyers ou leur remboursement de crédit…
Et puis juste un mot sur les produits « bancaires » : outre que l’on peut encore légitimement se demander si le « nettoyage définitif des bilans » a bien eu lieu, il faut remarquer que pas un seul produit bancaire n’offre aujourd’hui une rentabilité brute supérieure à 2 % (je n’ose pas évoquer les alléchantes mais trompeuses promotions sur les livrets).
Diable, que donc conseiller dans cet environnement très « dépressif » ? Et quel environnement fiscal nous prépare-t-on pour demain matin ? Une certitude absolue, malgré les communicants de l’Elysée : les impôts, directs et indirects, et les prélèvements sociaux vont augmenter, et pour certains de manière conséquente. Seul lot de consolation, l’ISF vit peut-être ses derniers jours (en même temps que le bouclier fiscal!), mais là encore, si c’est le cas, le Conseiller va perdre une de ses principales « spécialité » : la défiscalisation de l’impôt !
Ma conviction : le patrimoine des français ne va pas demain disparaître, le nouvel environnement économique, fiscal et aussi juridique, va donner une nouvelle dimension à notre profession, moins « suiveuse » des marchés qui montent au ciel, et plus » créatrice de valeur » en terme de choix juridiques et économiques.
Cela implique sans aucun doute plus de professionnalisme et plus de rigueur, pour continuer à apporter de la performance à nos clients. Rigueur renforcée dans notre diagnostic initial via une consultation patrimoniale digne de ce nom, et professionnalisme dans l’organisation juridique du patrimoine. Bref, moins de « bling bling » sur des produits alléchants à première vue (mais qui n’ont enrichis que leurs promoteurs ») et plus de sérieux dans le coeur de notre métier, à savoir la stratégie harmonieuse de développement du patrimoine.
Mes propos volontairement incisifs méritent évidemment débats ! mais j’ai la conviction que plus rien ne sera comme avant et qu’il nous faut réinventer notre mission. Quel plus beau programme pour les années à venir !
par ch JACOB
18 mai 2010 à 12:42
Le XXI ème siècle ! quel programme ! à mon tour de vous soumettre quelques réflexions.
à lire le commentaire de Jean-Noël on est tenté de penser plutôt à l’An Mil et la fin du monde…
Pour ma part c’est plutôt l’an 1. En effet je commence cette activité de CGP et le regard que je pose sur la profession est neuf (même s’il est déjà déformé par la prisme de la formation Master que j’ai suivie).
Les mouvements brusques des marchés financiers et globalement les chutes de valorisation des actifs sous forme de krach à répétitions sont une réalité mais Jean-Noël en souligne une autre : les clients auront toujours un patrimoine = des actifs et des droits.
Le facteur perturbant vient du fait que la profession ne se concentre que (ou presque) sur l’allocation d’actifs et son évolution (si possible forte et positive !). Ils sont nombreux ces cabinets que l’on peut caricaturer : véritables VRP de Résidences LMP ou bien Salle de Marchés ou encore Prescripteurs exclusifs d’Assurance-vie !
La Gestion de Patrimoine ne peut se limiter à cette seule étape de l’allocation des actifs à laquelle s’accrochent les parasites incontournables que sont les frais et autres commissions.
La Gestion de Patrimoine c’est d’abord Gérer et Gérer c’est Prévoir.
Certes l’instabilité fiscale et économique ne nous facilite pas le travail, mais justement voilà la valeur ajoutée ! Comme dis Jean-Noël, la profession ne peut pas être « suiveuse ».
Difficile d’anticiper, d’accord, mais encore faut-il avoir une stratégie, donc un objectif.
C’est là, je crois, le fondement du métier de CGP : travailler une analyse, poser les questions, explorer les pistes, faire exprimer le client sur ses objectifs.
En rencontrant un client le CGP ne doit pas se demander « combien il a » mais « ce qu’il veut faire ».
Cette vision n’occulte pas le volet de valorisation des actifs (financiers ou non), mais elle l’accompagne vraiment car elle fixe le cap et surtout donne le tempo !
Car c’est bien aussi le temps qu’il faut remettre au centre de nos stratégie et préconisations ! Pourquoi vouloir « se refaire en 6 ou 12 mois sur les marchés » en préconisant des investissements risqués car volatils alors que l’échelle de temps du client déterminé est la décennie !
Pourquoi parler de la crise de 2001-2003 à un client qui a comme objectif de savoir comment protéger son conjoint !
Pourquoi présenter un investissement immobilier à une personne âgée qui souhaite au contraire disposer d’avoir liquides à transmettre avant que sa santé ne se dégrade !
Sachons vendre du conseil avant de vendre de la performance et pour cela levons le nez du guidon… Si nous écoutions bien nos clients nous le ferions car ils ne demandent pas autre-chose… se caler sur leur échelle de temps et intégrer leurs problématiques…qui sont souvent très loin des objectifs que l’on donne aux traders.
par Jean-Noël
19 mai 2010 à 15:01
Tout à fait d’accord avec les commentaires de ch Jacob…Loin de moi l’idée d’accroire que notre métier va disparaître, au contraire ! Penser cela serait s’incliner devant l’exubérance des marchés comme disait l’ex-président de la Fed…
Il faut néanmoins se rappeler que nos clients mesurent, in fine, notre apport, bien souvent uniquement en regardant l’évolution financière de leurs actifs… D’où d’ailleurs de multiples désillusions devant les produits « miracles » des « défiscalisateurs » en tout genre ! Et même si une expertise juridique est indispensable, la fidélisation à long terme des clients passe naturellement par une évolution satisfaisante des actifs confiés…
Or il n’existe pas de véritable baromètre de cette satisfaction, car la notion de « rentabilité » varie d’un client à l’autre. Sans doute alors faut-il consacrer beaucoup de temps (et de patience) avec le client pour définir avec lui, outre des solutions juridiques pertinentes, un niveau de rémunération des actifs à rechercher sur le long terme, en tenant évidemment compte du facteur temps, du facteur risque susceptible d’être accepté, et de la nécessité de définir l’équilibre recherché en revenus et plus-values. Et malgré tout cela, le client restera influencé par les multiples sources d’informations dont il dispose (sans réellement pouvoir leur accorder une « hiérarchie personnelle ») et qui influenceront, c’est une évidence, son jugement sur la qualité du conseil patrimonial apporté.
La seule réponse me semble-t-il est une très grande proximité avec le client, régulière, la plus transparente possible mais aussi la plus « didactique » possible. C’est cela aussi le métier de Conseil en GP. Faire de nos clients des clients « avertis », susceptibles de déjouer les chausse-trappes des faiseurs de profits immédiats, c’est l’ambition légitime que nous devons avoir, me semble-t-il.
par michel leroy
20 mai 2010 à 09:42
Bonjour,
Merci de ces échanges.
Je vais bientôt les mettre en forme comme indiqué dans le post fondateur. Malheureusement pour tout vous dire, je suis à la fois débordé et assez fatigué. Je vais d’abord répondre par ce biais.
Jean noel met l’accent sur l’instabilité des différents marchés et leur tendance baissière.
Je crois que la question de la gestion de patrimoine du 21ème siècle mérite d’être précisée. De quoi parle-t-on ? Du métier ou de la technique ?
Si l’on part du patrimoine des français, de sa consistance et de ses évolutions futures, faute d’être dotée de dons particuliers de voyance, ll faut se poser une première question à laquelle Jean Noel a déjà commencé à répondre.
Quelle est la nature de la crise que nous traversons ?
La question est importante car le capitalisme a connu dans son histoire de très nombreuses crises, qui n’ont pas empêché une tendance à long terme haussière. Si cette crise est une manifestation de plus des soubressauts qui agitent régulièrement le système capitaliste, alors il n’y a rien à dire de particulier sur la gestion de patrimoine du 21ème siècle : les outils changeront, mais l’environnement qui permet l’optimisation, soit l’accroissement global de la richesse, demeurera.
Mais si l’on pense que nous sommes face à une situation radicalement nouvelle, marquée en particulier par le sceau des contraintes et spécialement énergétiques (celles-ci ne sont pas encore décisives, mais comme la vieillesse est inscrite dans les gènes du quinquagénaire qui se sent encore fringant, la dépletion est de la nature non renouvelable des ressources énergétiques et minière), alors la gestion de patrimoine doit être pensée dans un monde marquée par la stagnation voire la diminution globale de la richesse.
Et c’est alors une toute autre histoire…
par PARRA
20 mai 2010 à 11:47
D’accord et pas d’accord avec vous M. LEROY.
D’accord sur le diagnostic : les ressources s’amenuisent et il va falloir changer radicalement notre façon de vivre et donc de travailler.
Pas d’accord sur les effets : le gestionnaire de patrimoine sera de plus en plus confronté à l’explosion de nouveaux produits défiscalisants !
Si je mes place sur le seul terrain des placements financiers, je constate l’explosion des produits dérivés ou structurés qui parviennent finalement à créer, non pas forcément de la richesse physiquement palpable, mais à tout le moins de la richesse virtuelle, monnayable en espèces sonnantes et trébuchantes !
Je pense notamment aux ventes à découvert (VAD), aux CDS et aux CFD.
Tant qu’il y aura des hommes, il y aura diversification des produits financiers, pour le meilleur et pour le pire !
par Jean-Noël
20 mai 2010 à 15:45
Que penser alors, cher Parra, de la décision d’Angela Merkel d’interdire les ventes à découverts sur les dettes souveraines de la zone euro ? Certains parlent (suivez mon regard) et d’autres agissent… Je ne peux, et ne veux, imaginer que l’avenir de la GP, c’est le développement des produits dérivés, tous plus malsains les uns les autres, tous plus déstabilisateurs les uns les autres, et in fine, tous plus nocifs pour l’économie réelle. Je soutiens à fonds l’initiative d’Angela Merkel car on ne peut pas supporter que le simple jeu de la spéculation mette à bas le niveau de vie des européens « moyens ». Que dites-vous aux grecs quand ils voient que certains engrangent des milliards sur leur dos alors que ce sont eux qui vont devoir payer (très longtemps et très lourdement) l’incurie de leurs gouvernants passés ?
Il n’existe de richesse que celle qui est le fruit du travail. Cette vérité doit sans cesse être rappelée. Et si nos politiques avaient du courage, ils arrêteraient de « parler » et prendraient des décisions courageuses pour mettre fin à ces spéculations insupportables. Cela est possible, l’Allemagne le prouve.
Demain matin, c’est le blé, le pétrole, le chocolat peut-être (il y a tellement de gourmands sur terre !) et sue sais-je encore qui seront la cible des spéculateurs… Et il faudrait se rendre complice de ce « jeu de poulies » en créant de nouveaux instruments financiers tous plus fallacieux les uns que les autres ? Non, il est vraiment grand temps de revenir à des produits financiers sains, que tout le monde comprend, et dont la seule rentabilité serait le reflet d’une croissance avérée de l’économie réelle.
Tout profit engendré par la spéculation est immoral, dangereux pour l’avenir, et prometteur de nouvelles secousses à venir. Ce n’est surtout pas le rôle du CGP (en tous cas c’est ce que je crois après 25 années de pratique quotidienne…) de se rendre complice de ces promoteurs de produits miracles…
Une confidence cher Parra : il y a maintenant plus d’un an, lors d’un déjeuner pris en commun avec Michel Leroy, nous noius interrogions tous les deux pour savoir quelle serait la prochaine secousse des marchés financiers; et comme par hasard, notre diagnostic était le suivant : la prochaine étape de cette crise, ce sera le devenir des dettes souveraines… Nous ne pouvons en tirer aucune « gloire » bien sûr, mais faire payer aux Etats les dérives du privé (à savoir à l’époque celles des banques), c’est naturellement conduire ces mêmes états dans des difficultés pour certains (les plus fragiles : l’Islande en premier, puis la Grèce, puis le Portugal, puis…..).
par PARRA
21 mai 2010 à 05:56
Bonjour Jean Noël
Je suis bien évidemment entièrement d’accord avec vous, mais hélas je constate que tant qu’il y aura des hommes, il y aura de l’avidité et création d’outils sophistiqués pour s’enrichir chaque jour un peu plus.
La réaction d’Angela Merkel est bien entendu pleine de bon sens, quoique isolée, car interdire les VAD dissuade bien entendu toute forme de spéculation à la baisse.
Autant dire que les CDS sont encore bien plus dangereux puisqu’ils permettent, entre autres,de parier sur la difficulté qu’auront les Etats à rembourser leur dettes.
Enfin pour conclure, je constate qu’en période de troubles économiques, financiers, politiques ou sociaux, le marché des « bonnes affaires » connaît un regain d’activité, tant sur le marché des produits immobiliers que financiers.
Et ce marché profite en général toujours aux mêmes : ceux qui ont la possibilité de dégager de grosses liquidités !
par Jean-Noël
09 juin 2010 à 11:05
Sortir de la « crise » : rigueur ou relance de la croissance ?
Je n’aime pas trop le terme de « crise » appliqué aux évènements majeurs que nous connaissons depuis 2008; ce serait entendre qu’il ne s’agit que d’un « épiphénomène » semblable à d’autres secousses financières ou économiques déjà connues dans la seconde moitié du XXème siècle…Or nous sommes bel et bien à la croisée de la fin d’un « monde » (celui de l’économie de l’abondance par la consommation des matières fossiles) et d’un nouveau monde (un autre monde plutôt, comme le dirait justement Stiglitz) où nous allons apprendre à vivre avec une rareté accrue des richesses naturelles, l’obligation d’aller vers une « écolo-économie » ( de gré pour certains … ou de force pour d’autres, n’est-ce par Mr Allègre?), et enfin la nécessité absolue d’une solidarité (le vilain mot…) entre générations, entres catégories socio-professionnelles, entre pays du Nord et pays du Sud…
Ce défi qui se présente à nous est naturellement aujourd’hui encore plus difficile à anticiper que nous sommes en pleine crise de confiance au niveau mondial (hormis peut-être chez les dragons asiatiques), et que chaque pays aujourd’hui recherche « sa » solution pour sortir de cette crise financière et économique destructrice.
Le débat, pour ne pas dire le désaccord, entre Allemagne et France, n’est pas sans importance, au contraire. Faut-il aujourd’hui privilégier la rigueur absolue en terme de budget des états (ce qui présente certainement autant d’avantages – crédibilité sur les marchés financiers, allègement de la dette pour les futures générations, moindre coût financier budgétaire de cette dette- que d’inconvénients : quid de la solidarité sociale, et risque de limiter fortement la reprise de la croissance), ou faut-il, à l’instar de la France rechercher un « juste équilibre » entre « austérité limitée et étalée dans le temps » et » maintien de mécanismes suffisamment efficaces pour soutenir un minimum de croissance « ?
La réponse appartient à chaque état, selon sa situation propre, sans oublier toutefois un élément commun à tous : notre monnaie l’euro…
Sans doute avons nous commis l’erreur, non pas de créer une monnaie unique, mais d’ouvrir celle-ci trop rapidement à des pays dont la structure économique était trop fragile. Mais sans cette monnaie, la situation de ces pays serait encore plus dangereuse aujourd’hui, car ceux-ci n’hésiteraient pas à fortement dévaluer, et donc se positionneraient comme autant de « faux partenaires » européens voire comme de véritables concurrents…
S’il existe une solution « idéale », celle-ci doit certainement répondre à 4 obligations fondamentales :
1. Recouvrer à un horizon moyen terme, et non trop court, de 5 ans par exemple, un équilibre budgétaire proche des critères de Maastricht ( soit de 0 à 3 % maxi de déficit) : cet engagement devrait se faire au niveau européen, pourquoi pas par un traité engageant tous les pays de l’eurogroupe. Autrement dit, un nouveau pacte budgétaire, accessible à tous les pays « euro », autant rigoureux qu’ équilibré pour ne pas obérer l’avenir… De quoi rassurer les agences de notation privées et les « spéculateurs » qui malheureusement ne vont pas disparaître du jour au lendemain !
2. Développer une gouvernance commune monétaire et économique réelle au niveau des pays de l’euro dont l’objectif principal (pour ne pas dire unique) serait la recherche d’une croissance réelle et durable d’au moins 2.5 pts de PEB par an ( PEB : Produit européen brut)
3. Mettre en place, dans chaque pays, tous les système de solidarité nécessaires pour faire face d’une part à la nécessité d’abaisser fortement la pauvreté des classes défavorisées, et d’autre part d’assurer l’avenir financier de nos systèmes sociaux, partant du principe que l’Europe, c’est avant tout un modèle social de référence qu’il convient à tout prix de sauver, voire de relancer. Et tant pis pour la Grande-Bretagne ! Naturellement, cela signifiera des « sacrifices » : lutte conter la fraude fiscale, un impôt sur le revenu plus juste et plus rémunérateur, des « niches fiscales » en forte diminution, et enfin une harmonisation progressive mais ferme des taux de prélèvements obligatoires sur les revenus professionnels et sur les revenus du patrimoine (il y a là encore des réserves de recettes conséquentes).
4. S’obliger à inscrire dans tous les gènes des instances françaises et européennes la nécessité impérieuse de construire une économie « durable’ respectueuse des ressources primaires, et tournée délibérément vers la recherche des énergies nouvelles : une économie de la recherche, de la connaissance et de la croissance intelligente.
Cet immense défi, s’il est relevé, et ne doutons pas du génie humain en la matière (l’histoire doit nous enseigner qu’il faut, en toutes circonstances, faire confiance en l’homme pour savoir progresser) aura des impacts évidents sur notre métier de CGP; La « défiscalisation » ne pourra plus être le coeur du métier, la recherche de plus-value à court terme ne saura être le devoir premier du CGP, qui, au contraire, devra construire avec son client une stratégie de valorisation à long terme, le « civil » primera en toutes circonstances sur le « fiscal ».
De quoi ouvrir pour chacun de nous un chantier colossal de réflexion, d’adaptation, et de nouvelles méthodes d’approche de la construction harmonieuse d’un patrimoine…
Mais n’est-ce pas là l’essence même de notre métier ?
par FONTENEAU guillaume
05 juil 2010 à 08:51
Toute ces réflexions sont fortes et démontrent le besoin d’une organisation du métier de Conseil en Gestion de Patrimoine Indépendant tel que l’entend le député Louis Giscard D’estaing.
C’est seulement lorsque ce beau métier sera organisé et nettoyé des vendeurs de défisc et d’assurance vie, que l’on pourra parler de « CGP I »
Aujourd’hui, le métier n’affiche aucune unité : vendeur d’assurance, vendeur de défiscalisation … Mais au fait, combien ont la capacité à vendre le CONSEIL ; combien peuvent réellement parler d’approche globale lorsqu’ils sont « uni-produit » et sans pouvoir facturer le conseil !!!!
Il me semble en effet que le métier de CGPI est avant tout un métier de conseil OR peu peuvent le proposer car peu possède la compétence juridique appropriée nécessaire pour s’engager sur ce conseil.
Aujourd’hui, le conseil juridique et fiscal est en majorité prodigué par des financiers et des banquiers uniquement intéressés par la vente de produit : Pourquoi et comment justifier de l’objectivité d’un conseil quand on est payé pour vendre des produits financiers ?
Conseil = Honoraire = Objectivité = écrit = Compétence juridique appropié = Protection du titre de CGP.
Guillaume FONTENEAU
Conseil en Gestion de Patrimoine Indépendant
http://www.leblogpatrimoine.com
par df
10 juil 2010 à 12:00
bonjour,
je dirais plutôt
Conseil = Compétence juridique appropié = Honoraire = écrit = objectivité et donc Protection du titre de CGP.
c’est une évolution incontournable.
faire la distinction démarcheur (eh oui pourquoi pas) et CGPI est profitable aux 2 catégories mais chacun à sa place.
Clause grand père et DU ou master 2 G de P uniquement réservés aux CGPI et bonne identification auprès du public et des médias, un grand pas sera fait.
L’écrit est notre protection, les clients apprécient.
DF CGPI chambre des indépendants du patrimoine.
par FONTENEAU guillaume
11 juil 2010 à 18:07
PARFAITEMENT D’ACCORD… AVEC VOUS !!!
par JACOB
15 juil 2010 à 16:38
bonjour,
Louis Giscard d’Estaing vient de déposer sa proposition de loi visant à réglementer la profession de conseil en gestion de patrimoine,
l’introduction de la proposition de loi stipule : « La mise en place d’un cadre législatif répond également à un besoin de protection et de transparence envers les consommateurs, envers les épargnants, et envers la crédibilité renforcée d’une place financière ».
que penser de ce texte, de ses effets (possibles).
cela va-t-il conduire à un nettoyage ou au contraire à la création d’une strate supplémentaire dans le millefeuille?
je suis d’accord avec les commentaires pécédents mais y aura-t-il réellement plus de lisibilité pour notre profession ?
par JACOB
16 juil 2010 à 08:05
Le texte de Louis Giscard d’Estaing
Proposition de loi visant à donner un statut à la profession de conseiller en gestion de patrimoine
Exposé des motifs :
« La règlementation d’une profession vise à évaluer l’accès, les qualifications et l’exercice d’une profession et de permettre son contrôle. La mise en place d’un cadre législatif répond également à un besoin de protection et de transparence envers les consommateurs, envers les épargnants, et envers la crédibilité renforcée d’une place financière.
La crise bancaire et financière internationale ne fait que renforcer cette demande de régulation de la chaîne de distribution des produits financiers dans laquelle la profession de conseiller en gestion de patrimoine a pris une place significative.
Pour atteindre ce double objectif, la proposition de loi prévoit la mise en place d’une règlementation visant à protéger le titre de la profession de conseiller en gestion de patrimoine et, en contrepartie, à instaurer une instance de contrôle de l’exercice de la profession.
Cette profession est née de la nécessité d’apporter un conseil indépendant et de répondre aux multiples innovations financières, résultant du passage à une économie de marchés de capitaux. La demande du consommateur et de l’épargnant est aujourd’hui de plus en plus forte car l’environnement reste complexe et incertain : règles fiscales mouvantes, transformation, « financiarisation » et diversification des supports du patrimoine, répartition nouvelle de la propriété liée à l’augmentation de l’espérance de vie, à la recomposition familiale, et à la présence simultanée de plusieurs générations.
Les conseillers en gestion de patrimoine sont en France près de 2 500 professionnels, qui exercent les activités de conseil en organisation et en stratégie patrimoniale, de conseil et de vente de produits financiers, de conseil et de vente de produits d’assurance et de transaction immobilière.
Or, rien ne permet aujourd’hui à l’épargnant et au consommateur d’être garantis sur l’indépendance du conseil fourni et sur les qualifications du professionnel. À cela s’ajoute l’existence de fortes disparités dans le niveau des connaissances et des diplômes de ceux qui exercent aujourd’hui ces activités. Les conseillers en gestion de patrimoine, qui exercent une profession bien particulière pour laquelle ils doivent cumuler des compétences en droit civil, fiscal, et immobilier doivent donc disposer, pour des critères d’équité dans l’exercice de leur activité professionnelle, d’un cadre juridique opposable.
Cette réglementation de la profession s’inscrit dans le prolongement du rapport de Bruno Deletre sur le contrôle du respect des obligations professionnelles à l’égard de la clientèle dans le secteur financier.
En outre, la présente proposition de loi s’inscrit dans la démarche de rationalisation de la supervision des acteurs bancaires, de l’assurance et de la finance, entreprise au plan européen et international, ayant conduit en France à la création de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et à l’adoption en 1ère lecture le 10 juin 2010 par l’Assemblée nationale du projet de loi de régulation bancaire et financière.
C’est bien par un cadre législatif de la profession de conseiller en gestion de patrimoine que la définition, l’accès, les qualifications, l’exercice et le contrôle de la profession pourront être clarifiés, au bénéfice conjoint des professionnels et des consommateurs-épargnants. Ceci participera à l’émergence d’une profession nouvelle, porteuse d’emplois et de croissance, facteur de renforcement de l’attractivité de notre place financière, en même temps qu’elle assurera une meilleure protection du consommateur et de l’épargnant.
Tel est l’objet de la présente proposition de loi. »
par Jean-Noël
17 juil 2010 à 09:29
Bonjour à tous,
La difficulté de reconnaissance et d’identification du métier de CGP vient probablement de la double « mission » exercée par celui-ci :
- d’une part la démarche de pur Conseil, forcément écrit (sinon cela n’a pas valeur de Conseil, mais de simple information) normalement rémunérée par un honoraire négocié avec son client via une lettre de mission préalable (c’est par exemple ce qu’a retenu le Conseil supérieur du Notariat dans sa Charte « Le Notaire, Conseil en gestion de patrimoine » signée en Octobre 2008 – la dite Charte s’imposant à tous les notaires de France soit dit en passant…-)
- d’autre part son activité d’intermédiation, à vocation commerciale incontestable, dans le domaine de l’immobilier, de la banque, de l’assurance et des valeurs mobilières.
Si historiquement ces deux activités sont liées intimement chez les CGPI, et si le projet de Loi de LGE reprend ce « distinguo » en le légalisant, celles-ci étant exercées sans véritable « muraille de Chine » entre elles, elles ont tendance à induire la suspicion chez les clients, et en tous cas dans toutes les médias soit disantes « grand public »…
Dès lors, ne faudrait-il pas limiter le titre officiel, délivré à tous les CGPI par voie de diplôme ou de VAE, par le futur Conseil Supérieur, à la seule activité de Conseil, rémunérée exclusivement par des honoraires, et autoriser ceux-ci à exercer un « second métier », à savoir l’intermédiation, qui elle est aujourd’hui parfaitement encadrée et parfaitement surveillée ?
Il y aurait ainsi, aux yeux de notre public, deux types d’intervenants : les CGPI diplômés et nommés par le Conseil Supérieur, et des « intermédiaires financiers » ( C.I.F) qui n’auraient évidemment pas la Capacité Juridique Appropriée (donc pas de consultation patrimoniale écrite avec responsabilité civile sur celle-ci, et donc pas d’honoraires) et qui devraient limiter leur champ d’action à l’activité d’investissement.
Cette voie possible n’est pas celle retenue par le projet de Loi, ni d’ailleurs par les diverses organisations « syndicales » représentatives… Cela me semble un peu regrettable, mais cela doit naturellement s’expliquer par le poids des commissions (donc de l’intermédiation) dans la rémunération globale des actuels « CGPI »…