Depuis plusieurs années, la question de la déplétion des énergies fossiles, symbolisée par le fameux Peak oil, et de ses conséquences sur notre mode de vie, a pris une importance considérable.
Comme l’indique le site de l’ASPO (ici), « le pic de production arrive.. rapidement, dans une dizaine d’années seulement.
Compte tenu de l’importance du pétrole dans le fonctionnement de nos sociétés industrialisés aussi bien pour les transports, le fioul de chauffage, la pétrochimie ou l’agriculture… la diminution des quantités de pétrole disponible va entrainer des bouleversements importants qu’il est nécessaire d’anticiper. Or ce n’est pas réellement le cas actuellement…
Le discours est fort, mais il n’a pas la saveur de la nouveauté. Voici ce qu’on pouvait lire..en 1924 :
Le directeur de l’Institut Nobel (Académie des Sciences de Stockholm), a fait en 1922 à la Faculté des Sciences de l’Université de Paris, une conférence très documentée sur les sources mondiales d’énergie, dont la teneur est la suivante :
La houille et le pétrole sont actuellement à la base de toute notre industrie. Si ces combustibles fossiles étaient épuisés, la plupart de nos machines cesseraient de fonctionner, nos moyens de communication seraient extrêmement réduits, notre vie matérielle retournerait à ce qu’elle était au temps de l’Age de pierre, et par suite notre civilisation intellectuelle elle-même déclinerait et s’éteindrait.
C’est donc une question de la plus haute importance pour l’humanité entière que la suivante : combien de temps dureront nos réserves de combustibles fossiles?
Trouverons-nous, si elles nous faisaient défaut, quelque source d’énergie qui pourrait les remplacer?
Par suite du développement intensif de l’industrie, nous avons consommé, pendant les dix dernières années, autant de charbon fossile qu’il en avait été brûlé par l’homme jusqu’alors. La consommation annuelle de charbon s’élève de nos jours à environ 1 200 millions de tonnes métriques, soit un peu plus de 0,6 t. par habitant de la terre, plus de 2 t. par personne dans les pays industriels.
…..
Il est donc absolument nécessaire de trouver d’autres sources d’énergie que les combustibles fossiles pour remplacer ceux-ci lorsqu’ils nous feront défaut. (Allix Juliette, . Les sources mondiales d’énergie. In: Annales de Géographie. 1924, t. 33, n°182. pp. 183-185)
86 ans plus tard, le remplacement des combustibles fossiles par des énergies renouvelables comme source principale d’énergie est encore un vœu pieux : en effet, 90% de l’énergie produite provient de fossiles (pétrole, gaz et charbon)
Mais le temps nous est maintenant bien davantage compté…




par Jean-Noël
11 juin 2010 à 10:42
De la fuite en avant à la responsabilité collective…
Fort opportunément, Michel, tu nous rappelles que le défi de l’énergie renouvelable ne date pas d’aujourd’hui… Hier le charbon, aujourd’hui le pétrole, et demain certainement par exemple le lithium si précieux à nos batteries de téléphone et prochainement à nos voitures électriques…Mais comme des enfants gâtés, tant que l’abondance est au rendez-vous, pourquoi se poser des questions sur l’avenir énergétique, puisque malheureusement la propension naturel de l’homme est son égoïsme à court terme…
Le débat actuel sur les énergies de demain me semble, toute proportion gardée évidemment, très proche de la problématique du devenir de nos retraites futures . Avons-nous la capacité de prendre des décisions qui impactent directement notre vie (notre niveau de vie devrais-je dire) d’aujourd’hui pour préparer notre bien-être de demain et surtout celui des générations futures ?
Tous les débats actuels, accentués par la « Crise » montrent que les défis qui s’annoncent ne pourront pas être résolus sans qu’au coeur des solutions proposées, il n’y ait une SOLIDARITE entre les générations. Cette solidarité impérieuse nécessite une grande justice, fiscale et sociale. Chacun d’entre nous « à proportion de ses propres facultés » dirait le code civil, devra assumer sa responsabilité et sa « quote-part » sur l’effort demandé.
Cet effort, sans doute très important et impactant donc directement notre futur niveau de vie, ou en tout cas notre contribution à l’intérêt général, aura beaucoup de mal à s’imposer à tous…
Il faudra donc des politiques courageux (il doit bien en exister quand même !) pour qu’un « new deal » au niveau mondial sache imposer à la communauté des hommes une nouvelle façon de vivre, économe en consommation de biens fossiles, hardie en terme d’innovations technologiques « vertes », et solidaire pour qu’au Nord comme au Sud, les conditions de l’amélioration de la condition humaine soient réunies.
Sans doute donc faut-il être à la fois un pessimiste qui croit, ou un optimiste qui doute…
La faillite complète des deux modèles économiques qui ont régi les dernières décennies, à savoir le communisme à l’Est et l’ultra capitalisme à l’Ouest, vont contraindre tous les Etats de la planète à une redéfinition de leur rôle dans la société humaine, et l’obligation faisant loi, ceux-ci devront insuffler cette nécessaire solidarité internationale.
Faut de quoi, sans doute, ouvrirons nous une ère de conflits dangereux, une insécurité permanente, et probablement une paupérisation à grande échelle, y compris dans nos pays riches.
Le pétrole qui se répand dans le golfe du Mexique sans que l’homme puisse en maîtriser les effets dévastateurs est une parfaite illustration de la gabegie dont nous sommes tous co-responsables.
par michel leroy
11 juin 2010 à 11:42
Cher Jean noel,
Je partage totalement ton avis, tu le sais, pour en avoir tous les deux déjà discuté. La prise en compte de la contrainte énergétique est difficile pour les gouvernements et pour les administrés, car elle se heurte aux divers impératifs court-termistes, à la croyance parfois magique dans le progrès, au refus tout simplement d’affronter le réel.
Je partage l’analyse de ceux qui corrèlent hémégonie (politique et économique) et maîtrise de ses ressources.
Demain, dans la gigantesque recomposition politique qui s’annonce, alors que l’Amérique du Nord sera forte de ses ressources en gaz et en charbon, que la Chine et la Russie seront à la tête également de ressources importantes (sur leur sol ou appropriées par le jeu de relations commerciales avec l’Afrique), l’Europe se retrouvera sans cohésion politique, sans ressources naturelles sur son territoire (la déplétion de la mer du nord a commencé en 1999).
L’europe entre dans l’avenir, vieillissante et endettée, sans ressources énergétiques..