Depuis approximativement le sommet de la terre (sommet de Rio) de 1992 (Cette rencontre a donné lieu à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), un traité non contraignant qui encourage les pays développés à stabiliser leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). 189 pays ont signé et ratifié la CCNUCC), qui a abouti in fine à la signature du traité de kyoto, l’idée fait son chemin que la diminution par deux des émissions de gaz à effet de serre est indispensable pour limiter les effets du réchauffement climatique . Les déclarations politiques en ce sens, ou plus volontaires encore, se sont depuis multipliées. Ainsi, le gouvernement français, à l’instar de l’Union européenne , proclame un objectif de réduction de l’effet de serre de 20 % à l’horizon 2020, et un objectif de division par quatre des émissions d’ici à 2050 ( Paquet Énergie-Climat )
Cette baisse naturellement, dans l’esprit des gouvernements, ne constitue nullement le ferment d’une politique de décroissance. Au contraire, cet objectif apparaît comme le support de la « croissance verte« que les hommes politiques considèrent comme l’un des remèdes à (presque) tous les maux de notre temps (pour une croissance verte). La corée du sud constitue le dernier exemple en date [Séoul mise sur la croissance verte] Selon l’ambassadeur coréen auprès de l’OCDE, Notre politique de croissance « verte » sera bénéfique pour l’environnement et contribuera à lutter contre le changement climatique, mais ce n’est pas juste un plan climat : c’est d’abord un plan de développement économique » (ibid). Pourtant le lien entre croissance et effet de serre à déjà été établi [ GlobalCarbonProject-PNAS.html ; La croissance économique "fait-elle de l'effet de serre" ? ] ; en sens contraire Vers un découplage entre émissions de gaz à effet de serre et croissance économique ? )
La réduction des gaz a effet de serre est-elle vraiment compatible avec une croissance soutenue ?
Une célèbre équation (équation de kaya, proposé par le Professeur Kaya lors des travaux du GIEC
(Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) en 1993) offre un élément de réponse.
Selon cette équation (source : equation de kaya):


| Emissions de gaz carbonique | = | Contenu en gaz carbonique de l’énergie | * | Intensité énergétique de l’économie | * | Production par personne | * | Population |
En d’autres termes,
Les émissions de gaz à effet de serre (pour simplifier un peu abusivement) sont égales au contenu en CO2 de l’énergie, soit
« la quantité de CO2 qu’il faut émettre pour disposer d’une quantité d’énergie donnée » multiplié par l’intensité énergétique de l’économie (soit « la quantité d’énergie qu’il faut utiliser pour produire un dollar (ou un euro) de biens ou services », [même source]) multipliée par la production par personne (soit en gros la richesse produite par personne) multipliée enfin par la population.
Par conséquent pour diminuer par deux (au minimum) les rejets de CO2, il faut donc que le produit de la multiplication à droite de l’équation diminue également par deux.
Et c’est là que le bât blesse.
Reprenons en effet chacun des termes de l’équation :
1) La population mondiale
La population mondiale devrait s’élever à 09 milliards en 2050 d’après le dernier rapport des Nations Unies (unpop.htm). En France, selon l’INSEE, au 1er janvier 2050, en supposant que les tendances démographiques récentes se maintiennent, cohabiteraient 70,0 millions d’habitants, soit 9,3 millions de plus qu’en 2005 ( source insee)
Sauf catastrophe donc, l’augmentation de la population mondiale en 2050 devrait être de l’ordre de 35 %.
2) L’intensité énergétique de l’économie
Ces dernières années, l’intensité énergétique de l’économie, soit « le ratio entre la consommation intérieure brute d’énergie et le produit intérieur brut calculé pour une année civile » [source insee], n’a cessé de baisser jusqu’à une stagnation au cours des dernières années.
(source : observatoire de la compétitivité)
Cette intensité peut naturellement reprendre son chemin à la baisse en raison d’un choix plus ou moins forcé vers des sources d’énergie plus renouvelables que les énergies fossiles (car lorsqu’une ressource est exponentiellement décroissante, comme les fossiles, il faut une efficacité exponentiellement croissante pour y faire face, ce qui est impossible). Cette baisse, si l’on prolonge les tendances actuelles, ne sera cependant pas d’une très grande importance, car les secteurs d’activités les plus énergétivores ont déjà en grande partie été améliorés en Occident (mais pas encore en chine, l’intensité énergétique de la Chine a baissé de 2,89% au premier trimestre 2009, a annoncé mardi le Bureau d’Etat des Statistiques (BES) [baisse de l\'intensité énergétique de la Chine] et le développement des énergies renouvelables sera, à l’échelle de la planète, et en particulier de la chine et de l’inde, beaucoup moins rapide qu’en Europe ou aux USA, essentiellement pour des raisons de coût. Notons par exemple que les objectifs du paquet énergie climat sont modestes :augmentation de 20% l’efficacité énergétique d’ici 2020.
3) Contenu en co2 de l’énergie
En 2006, les émissions mondiales de CO2 dues à l’énergie (non corrigées du climat) ont augmenté de + 3,2 % pour atteindre 28 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2), soit un bond de + 33 % depuis 1990. La hausse la plus spectaculaire est celle de la Chine, dont les émissions ont plus que doublé, passant de 2,2 GtCO2 en 1990 à 5,6 GtCO2 en 2006. Elles atteignent un total comparable à celui des États-Unis. A eux seuls, ces deux pays contribuent pour plus de 40 % aux émissions mondiales de CO2 dues à la combustion d’énergie en 2006. (ministère de l’industrie).
Malgré ces derniers chiffres peu encourageants, il ne fait pas de doute que cette valeur peut diminuer de façon sensible. Cependant le chemin est encore long.


4) La croissance,
Si la croissance devait se poursuivre sur un rythme de 2% par an, la croissance du PIB entre 2009 et 2050 ans serait alors de 131%. Or, selon M. Barroso, le coût du paquet énergie-climat s’élèverait à « moins de 0,5% du PIB de l’UE d’ici 2020« (audition devant les députés européens)
L’ensemble de ces chiffres, en particulier ceux affichés par l’Union européenne, allié à celui de l’augmentation de la population mondiale, laisse sceptique sur la possibilité d’atteindre les objectifs fixés. Supposons que le monde entier se fixe les objectifs de l’union européenne. En 2020, la population mondiale s’élèvera à 7577 milliards (source wiki), soit une augmentation de 15%. La croissance (sur une base de 2 %) aura augmenté pendant la même période de 27 %. L’intensité énergétique et le contenu en CO2 de l’énergie devront eux avoir diminué de bien plus que 20 % chacun.
Nous aurions donc :
CO 2 (?): CO2 (?) /TEP (?) X TEP (?)/PIB (+27%) x PIB (+27 %)/POP (+ 15%) x POP (+15%)
La lecture de ces chiffes laisse penser, si l’équation de kaya est juste, que l’atteinte de ces objectifs – qui apparaissent aux états membres comme contraignants suppose un gain très considérable de l’intensité énergétique. En effet, si la population croit en 2050 d’un facteur de 1,35, la production par habitant dans le même temps d’un facteur de 2,31, la réduction par deux du CO2 suppose donc une diminution d’un ordre de 6 de l’intensité énergétique et du contenu en co2 de l’énergie
La réduction des gaz à effets de serre par quatre dans 41 ans, paraît relever alors de l’impossible, sans modification forte de l’un ou des deux autres paramètres (population, croissance).
Laissons le mot de la fin à un spécialiste :
Une augmentation conservatrice de 2% par an du PIB par habitant, ce qui est bien en-dessous de ce que tout élu tente d’obtenir lorsqu’il est en fonctions, multiplie cette valeur par 2,7 en 50 ans, ce qui signifie que le reste des autres facteurs de la partie droite de notre équation doit alors être divisé par 9 : à gauche, on divise par 2 ; à droite on multiplie par 4,5 le PIB mondial (cette multiplication par 4,5 se décomposant en x 1,5 pour la population et x 3 pour le PIB par personne [JM Jancovici]).
Michel Leroy


par Mondran
29 mai 2009 à 20:21
Cet article résume la quadrature d’un cercle intellectuellement a priori impossible : concilier la croissance et la durabilité du système actuel ou plus exactement limiter les impacts climatiques désormais inéluctables dans des bornes qui ne remettent pas en cause les principes de l’économie de marché. Bien entendu, on pourrait ergoter sur l’équation et les démonstrations de Michel Leroy mais l’essentiel est là : le volontarisme sur la limitation des émissions de CO2 passe par la croyance en la capacité de nos sociétés modernes à diminuer radicalement l’intensité énergétique de leur économie. Cette croyance s’est exprimé en particulier lors de l’avènement de l’économie numérique, Internet devenant dans les médias non seulement un eldorado miraculeux mais également la promesse d’une économie nouvelle, dématérialisée et donc non polluante. Las ! Selon des universitaires de Stanford, les giga serveurs internationaux, par lesquels transitent toutes les informations présentes sur le réseau des réseaux, puisent chaque année l’intégralité de la production de 14 centrales électriques. Par projection, un chercheur allemand soutient même que dans 25 ans, Internet consommera autant d’énergie que l’humanité toute entière.
Il est donc tout à fait probable que l’humanité n’arrivera pas à diminuer significativement, du moins de sa propre volonté, les émissions de C02 et plus largement les effets destructeurs sur l’environnement tout en maintenant (ou accroissant) son niveau de vie et la production de ses richesses.
La question est donc de savoir si la nature se chargera elle-même de réguler ce déséquilibre ( pour le grand malheur d’une grande partie de l’humanité) ou si celui-ci peut perdurer et s’aggraver sans remettre en cause la viabilité globale de la planète. Dans ce dernier cas, il est a craindre que certaines des sociétés humaines, les plus pauvres en tête, éprouvent malgré tout la célèbre citation de Valéry
par Michel Leroy
30 mai 2009 à 07:53
Merci mondran de ce commentaire. Je serai ravi que vous « ergotiez » sur les démonstrations de cet article. Je le dis d’autant plus humblement que je m’aventure ici dans un domaine qui n ‘est pas le mien.