TRIPLE A, TRIPLE ZERO, TRIPLE OBLIGATION …

Auteur invité : Jean-Noël Chaumont

A l’heure où la dégradation de la note de la dette souveraine de la France s’avère possible, voire probable, voire déjà inscrite dans le « spread » des taux d’emprunt à 10 ans entre notre pays et l’Allemagne, force est de constater que si la France ne mérite déjà plus tout à fait son triple A, il conviendrait d’accorder à nos politiques (et sans doute quelle que soit la famille qu’ils représentent…) un triple zéro pour la vacuité de leur analyse et de leurs remèdes prescrits depuis maintenant plus de 3 années…

Zéro d’abord pour le défaut complet du diagnostic réel de cette crise qui n’en finit plus : au lieu de pourfendre l’état providence, de rendre responsable notre système de protection sociale, de vilipender nos taux de prélèvements obligatoires, nos politiques seraient mieux avisés de comprendre ce qui est réellement à la source de l’effondrement de notre système économique actuel : le triomphe absolu depuis les années 80, au niveau mondial,  d’un système de pensée diabolique et mortifère : l’ultralibéralisme « reaganien et thatchérien » fondé sur la prééminence de l’actionnaire sur le salarié, de la « création de valeur » (!) sur la création de progrès social, et sur l’anarchique «  libre circulation » sans contraintes ni frontières entre les hommes, les biens et les capitaux, sans se soucier de l’iniquité de ce système qui a gaspillé nos énergies fossiles, creusé la grande pauvreté et les inégalités sociales et qui in fine a conduit les Etats, et dans certains Etats comme les U.S.A, les particuliers, à se surrendetter pour maintenir un minimum de niveau de vie et de cohésion sociale évitant la disparition pure et simple du système…

Mais voilà, la supercherie a implosé devant nous : la « main invisible » des marchés chère à Adam Smith, censée à elle seule organiser le progrès pour tous n’existe pas ; la folle exigence de rentabilité à court terme des capitaux investis est contraire à toutes les lois économiques ; l’abandon progressif des missions de l’Etat au profit du privé dans des domaines quasi-régaliens nous prépare à de graves troubles pour les années à venir (l’eau potable en étant sans doute le meilleur révélateur…) ; la dictature des énergies fossiles a généré des profits à court terme monstrueux mais nous contraint, plutôt de force hélas, dès à présent à envisager un nouveau paradigme économique et énergétique sans pétrole et sans nucléaire…

Zéro ensuite pour la gestion uniquement court-termiste de la crise depuis 2008 où l’effondrement des subprimes n’était finalement qu’un révélateur d’un mal tellement plus profond, et où les belles promesses de régulation des marchés, de mise sous tutelles des banques, d’interdiction des produits toxiques et de disparition des paradis fiscaux n’ont vécu que le temps d’un automne calamiteux. Subsiste aujourd’hui une dette souveraine abyssale aux Etats-Unis et en Europe dont la principale cause n’est pas, comme on le dit encore aujourd’hui trop souvent, la prééminence d’un état providence, mais bien d’une part la philosophie générale de la baisse de l’impôt dans les pays occidentaux, y compris en France, et d’autre part l’obligation d’une relance keynésienne forte mais à crédit afin d’éviter l’effondrement total des économies occidentales à la suite de la faillite de Leyman Brothers et du blocage complet du système bancaire international.

Zéro enfin car nos politiques se montrent incapables aujourd’hui de tracer un horizon, de proposer une autre « histoire » aux peuples américains et européens (un « new deal » aurait dit Roosevelt). Si l’avenir de nos peuples doit se résumer à la succession de plans d’austérité au gré des prévisions de croissance (ou plutôt de décroissance), d’appauvrissement de l’Etat au profit d’un désendettement rapide casseur de croissance, alors surviendra le plus redoutable : la cassure sociale, telle qu’elle apparaît aujourd’hui en Grèce, au Portugal, et peut-être demain en Italie ou en France… Où l’on voit bien d’ailleurs que notre « intégration européenne » telle que nous l’avons conçue depuis une trentaine d’année ne marche plus, et que, s’il s’agit de sauver ce qui peut l’être encore (notre économie sociale de marché, notre monnaie unique, nos valeurs historiques communes), alors il faudra accepter sans attendre un « fédéralisme » économique, fiscal et social qui seul pourra sauver l’Europe de son déclin inéluctable. Mais les peuples européens, auxquels il faudra bien donner la parole un jour ou l’autre (et respecter cette parole…) sont-ils mûrs pour accepter une perte partielle mais réelle de leur souveraineté au profit d’un « machin européen » comme aurait dit le Général de Gaulle ?

Une triple obligation pour les Conseils en gestion de patrimoine :

- d’aborder réaffirmer à tous nos clients que notre métier consiste en tout premier lieu à pérenniser leur patrimoine, c’est-à-dire à le protéger au maximum des aléas tant familiaux que financiers ou fiscaux… Nous ne sommes ni des magiciens ni des créateurs de rêve. Parler aujourd’hui de performance, c’est avant tout assurer sur une longue durée la valeur du patrimoine de nos clients, plutôt que de « vendre » une rentabilité très incertaine à coups de bonus fiscaux ou de simulations toutes plus fantaisistes les unes que les autres…

- ensuite de vérifier en permanence la bonne diversification patrimoniale, seul moteur efficace contre les incertitudes extrêmement fortes qui sont devant nous : cette diversification passe par une liquidité suffisante des actifs mesurée par rapport au « risque patrimonial » global, par un juste équilibre entre marchés immobiliers et marchés financiers et peut-être le plus important, par un endettement personnel mesuré, maîtrisé et source de protection familiale. Personne ne peut raisonnablement affirmer que la CAC 40 sera à 4.000 points fin 2012 où que la probable bulle immobilière actuelle n’explosera pas dans l’année qui vient…

- et enfin, être présent aux côtés de nos clients, le plus fréquemment possible, pour ne pas subir les évènements (voire les cacher…), mais au contraire les anticiper au mieux des intérêts des investisseurs. Il est urgent de redéfinir avec eux, pour les quelques 18 mois à venir qui sans aucun doute seront déterminant pour l’avenir de nos peuples, leurs priorités patrimoniales et définir avec eux quelle sera votre propre philosophie en matière de performance financière : le maintien du train de vie, le maintien ou l’amélioration du cadre de vie, la protection du patrimoine contre l’inflation…

Notre discours d’aujourd’hui, conforme à ce que nous pensons depuis la création de ce blog, se veut à la fois réaliste et dynamique : certes le plus proche possible de la réalité des marchés, mais aussi optimiste quant à l’avenir de notre métier. Le monde vient de changer sous nos yeux, il est temps de redéfinir notre mission de Conseil qui doit maintenant non plus se contenter de vendre des  niches fiscales ou des hausses continuelles des marchés, mais d’accompagner nos clients tout au long de leur vie familiale, professionnelle et patrimoniale en évitant, autant que faire se peut, des prises de décisions hasardeuses ou spéculatives.

A quand le « Big One » des marchés financiers ?

Billet invité

Les évènements qui ont marqué l’été 2011 sont venus nous rappeler qu’au contraire des paroles rassurantes entendues ici ou là, la « crise » n’était pas terminée, malheureusement… Cette nouvelle déflagration intervenue dans un contexte difficile pour les dettes souveraines est juste venue nous rappeler, une fois encore, un certain nombre d’évidences :
-    Les politiques, loin de comprendre la profondeur du défi que leur imposent les évènements de 2008 et en prolongement ceux de cet été, sont inaptes à apporter des solutions pérennes qui permettraient de créer à nouveau la confiance chez l’ensemble des acteurs économiques et financiers. Peut-on demander aux pyromanes d’éteindre eux-mêmes le feu qu’ils ont allumé ? En cela, ils sont encore un peu plus responsables de cette situation dramatique et l’on peut s’interroger sur le pourquoi de leur inaction et sur la vacuité des solutions qu’ils ont envisagées, sans d’ailleurs réellement les mettre en place !

- Intérêts financiers et Intérêts communs (le progrès social au bénéfice de tous) ne font pas bon ménage ! l’égoïsme des acteurs financiers (et leur appétit de gain immédiat) doit être aujourd’hui clairement regardé comme facteur essentiel de la « crise » car une économie qui ne se soucie pas du progrès social est une économie mortifère qui ne peut que conduire à des catastrophes… La faillite du système économique et financier actuel, issue de la victoire idéologique des néo-libéraux dès le début des années 80 va coûter cher, longtemps, et pas forcément le plus à ceux qui en sont responsables !

-    La nécessité de trouver un nouveau « paradigme » doit s’imposer à tous, au-delà des frontières, françaises, européennes, et même occidentales. Dès aujourd’hui, il faut réinventer une économie libérée des contraintes énergétiques actuelles, imposer un système financier régulé et non spéculatif, veiller à la juste répartition et au juste accès pour tous aux denrées de premières nécessité… D’aucuns prédisent déjà que la prochaine « guerre » sera celle de l’eau potable dont on sait qu’elle est aujourd’hui menacée autant par les polluants industriels et agricoles que par le souhait de certains de privatiser à tout prix cette eau pour en faire une denrée commerciale comme une autre…
Pouvons-nous sereinement dès lors dire que cette fois, nous avons « touché le fonds » et que les marchés financiers, purgés de leurs excès, sont à nouveau attractifs ? Les lecteurs attentifs du blog de Michel Leroy savent que l’optimisme béat n’est pas notre spécialité, et qu’au contraire notre conviction, exprimée à de multiples reprises depuis la création de ce blog, est toute autre : ce que j’appelle en titre le « Big One » des marchés financiers n’a pas encore eu lieu : la crise des dettes souveraines ne fait que commencer, la croissance dans le monde occidental est réellement en panne, et circonstance aggravante, le crise sociale, tant en Europe qu’en Amérique, n’en est qu’à ses balbutiements…
Aussi, à l’instar de la Californie qui attend « son » plus gros tremblement de terre du siècle dans les années à venir (9 sur l’échelle de Richter disent les spécialistes…), le monde occidental peut s’attendre (à court terme ?) à une « tectonique des marchés » extrêmement violente ! Un CAC 40 à 3000 ou 3500 points ne veut pas dire grand-chose au regard des enjeux précités, et il serait nous semble-t-il présomptueux de dire que les actions sont à leur « cours d’achat », même si les habituelles références du marché actions semblent nous l’indiquer.
Le cours actuel de l’or, le niveau des prix dans le secteur immobilier, la baisse très relative des taux à long terme, tout ceci pourrait être vite balayé par une nouvelle dégradation de la notation d’une dette souveraine, par un très mauvais chiffre de la (dé)croisssance américaine, par une augmentation continue et forte du chômage dans les pays occidentaux, etc…
Notre devoir de Conseil en Gestion de Patrimoine est aujourd’hui d’inciter nos clients à la prudence, et plutôt que de rechercher une vaine performance sur des marchés erratiques, de sécuriser au maximum les actifs de nos clients par une bienvenue diversification, par une souplesse accrue dans les patrimoines (plus de liquidités…) et par une patience réelle pour les mois à venir !
Jean-Noël Chaumont

Retour aux affaires

Après une longue période d’interruption due essentiellement à la nécessité de souffler après une année très chargée (et dans la perspective d’une autre de la même veine) et accessoirement à l’activité d’un hacker, je reprends la publication de billets sur ce blog.

L’été a en effet était riche pour l’assurance vie : publication de l’instruction fiscale sur les prélèvements sociaux,  promulgation de la loi de finances rectificative, proposition de réforme de l’imposition des produits des fonds euros à la source de monsieur Gilles Carrez,  réhaussement des prélèvements sociaux d’un point sur les revenus du capital, sans oublier quelques arrêts intéressants (en particulier sur le point de départ du délai de prescription biennale de l’action en restitution des primes, ou encore de l’impossibilité d’apporter au titre de la couverture de certaines opérations de bourses un contrat d’assurance vie nanti etc..)

De tout cela et de bien d’autres choses nous reparlerons régulièrement, si au moins les hackers nous laissent tranquilles..

renonciation :Point de départ de la prescription biennale

Ce blog était un peu en sommeil depuis la dernière semaine du mois de juin, en raison d’une fin d’année universitaire très chargée. J’interromps mes vacances deux minutes pour signaler cet arrêt (Cass, 2ème civ., 7 juillet 2011 n° 10-20857, publié au bulletin), selon lequel :

« Mais attendu que l’action engagée par le souscripteur d’un contrat d’assurance sur la vie ayant renoncé à ce contrat conformément à l’article L. 132-5-1 du code des assurances pour obtenir la restitution des sommes versées, qui dérive du contrat d’assurance, est soumise à la prescription biennale prévue par l’article L. 114-1, dont le point de départ est le refus de restitution des fonds opposé par l’assureur à l’assuré« 

Cette décision était attendue. Le point de départ retenue peut cependant être critiquée. Nous y reviendrons lorsque je cesserais mes vacances

Quelques chiffres…

le déficit et l’endettement publics

2006 2007 2008 2009 2010
Déficit public (Md€) - 42 - 52 - 64 - 142 - 136
Déficit public (% du PIB) - 2,3 - 2,7 - 3,3 - 7,5 - 7,1
Dette publique (Md€) 1 152 1 212 1 319 1 493 1 591
Dette publique (% du PIB) 64,1 64,2 68,2 79,0 82,3
Croissance du PIB (volume) 2,5 2,3 - 0,1 - 2,7 1,5

Source INSEE, mai 2011 ; le PIB est estimé à 1 933 Md€ en 2010 après 1 889 Md€ en 2009.

les dépenses et recettes publiques (% du PIB)

2006 2007 2008 2009 2010
Dépenses publiques 53 52,6 53,3 56,7 56,7
Recettes  publiques 50,6 49,9 49,9 49,2 49,9
Prélèvements obligatoires 44,1 43,4 4 3,2 42,0 42,5

Emprunts d’Etat à 10 ans : rendements moyens observés au sein de la zone euro

Rendements moyens annuels

Rendements moyens annuels 2006 2007 2008 2009 2010
France 4,30 4,23 3,64 3,11 3,52
Allemagne 4,23 4,00 3,27 2,78 3,29
Italie 4,49 4,65 4,30 4,05 4,09

Source : moyennes calculées à partir des rendements journaliers publiés par l’agence Bloomberg